Anthropo = Anthropomorphe

Technikon = Ordre Technologique

Au sein de la série “A-T”, mon exploration créative se tourne vers la création d’une mythologie moderne de l’âge industriel et technologique, un tissu entrelaçant des figures anthropomorphes avec des thèmes allégoriques contemporains. Cette nouvelle direction artistique marque une rupture avec mes interrogations précédentes, qui étaient ancrées dans un traitement pseudo-réaliste de symboles corporatifs, industriels et technologiques reconnaissables, tels que les armements militaires, les capsules géantes et les logos d’entreprises, se prêtant à une forme de réalisme artistique et de commentaire culturel. En revanche, le récent corpus de travail plonge plus profondément dans un domaine métaphysique en inventant et en s’appropriant des sujets mythologiques et allégories emblématiques de l’ère technologique, enracinés dans des événements historiques cruciaux qui ont laissé des marques indélébiles sur notre psyché collective et notre existence depuis les suites de la Seconde Guerre mondiale. Ces événements historiques englobent la course à l’espace et l’exploration, l’ère de la Guerre froide, la catastrophe de Tchernobyl, la Guerre du Golfe et la recherche génétique, pour ne citer que quelques exemples saillants.

Entrelacée avec cette couche contextuelle de périodes historiques et d’événements se trouve une strate de sens qui s’approprie des thèmes et archétypes religieux, mythologiques et pop-culturels, puisés dans les récits bibliques, l’art de l’illustration de la science-fiction et la littérature. Un exemple est la peinture “Baby Wormwood”, qui sert à la fois de commentaire sur les tragiques mutations génétiques humaines résultant de la catastrophe de Tchernobyl et de réinterprétation de la prophétie biblique de “Wormwood” trouvée dans l’Apocalypse 8:10, signifiant la réalisation potentielle des prédictions apocalyptiques de “fin des temps”. Il est à noter que “Tchernobyl” se traduit par “Wormwood”.

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Le Bébé ‘Woormwood’

Dans d’autres œuvres, comme “Eliminator” et “La Princesse Martienne”, j’approprie des images rappelant les illustrations d’affiches de films de série B des années 1950 et la couverture d’un magazine de science-fiction. “Eliminator” représente symboliquement la guerre, incarnée comme un monstrueux mutant-cyborg militaire menaçant dans une posture de confrontation. Cette figure fait allusion à des archétypes mythologiques historiques tels que la divinité romaine Mars et la divinité maya Ah Chuy Kak, tous deux incarnations du pouvoir, de la peur et de la destruction. Son homologue, “La Princesse Martienne”, incarne métaphoriquement l’ère de la course à l’espace, dégageant le charme et le mystère d’une ère technologique en plein essor. Une figure féminine saisissante, représentée dans une pose dynamique au sein d’un paysage extra-terrestre, symbolise la promesse d’un nouveau monde courageux. Il est à noter que la peinture inclut le satellite Spoutnik, fixé au fouet de la “Princesse Martienne”, invitant les spectateurs à tirer leurs propres conclusions allégoriques. Ici, j’ai voulu représenter la “Princesse Martienne” comme une icône de la puissance scientifique et technologique américaine, tandis que la présence de Spoutnik représente l’iconographie incontournable de l’avancement scientifique et social soviétique.

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La Princesse Martienne

Un sous-ensemble de la série “A-T” est basé sur des sources littéraires, des figures emblématiques et des événements qui ont laissé des héritages sombres sur notre monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce groupe comprend des exemples graphiques tels que “Le Linceul de Morgo”, “Dr. Oppenheimer avec Masque”, “Petit Enfant Nevada” et “Le Géo-ingénieur”. Les images de ces œuvres s’inspirent de personnages historiques clés, d’événements et de sujets liés au “Projet Manhattan”, aux essais de bombes nucléaires dans le Nevada dans les années 1950 et à la transformation de la planète par l’ingénierie pétrochimique.

Le concept d’anthropomorphisation des phénomènes naturels et des éléments a une riche histoire, évidente dans les cultures du monde entier, tribales et civilisées. Notre propre culture nord-américaine nous a habitués au paradigme “Disney” de transformer des animaux familiers en personnages anthropomorphes, simplifiant des caractéristiques humaines complexes en dessins animés bonbons, généralement destinés aux enfants. En revanche, les images et les thèmes présentés dans la série “Anthropo-Technikon” traduisent un départ marqué par rapport aux représentations conviviales pour les spectateurs, compte tenu de la nature et de l’interprétation du sujet. Les images sont peuplées de figures transformées et mutées en raison de la contamination radioactive, des mutations génétiques ou des forces surnaturelles apocalyptiques, emblématiques d’une approche esthétique et conceptuelle visant à capturer l’essence des maux, des périls et des conséquences provoqués par une culture technologiquement obsédée, dépendante et potentiellement périlleuse.

  

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Le P’Ti Kid du Névada

 

Pierre Duranleau – Décembre, 2010

Galerie Anthropo-Technikon

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